Jusqu’à récemment, il était admis que les premiers hommes à avoir peuplé l’Amérique étaient des chasseurs nomades, producteurs de la culture dite de Clovis, venus en une unique vague de migration du Nord-Est de l’Asie, il y a environ 12000 ans BP.

Aujourd’hui, de nombreux chercheurs soutiennent l’hypothèse d’un peuplement antérieur, notamment grâce à l’accumulation de données archéologiques et géologiques.

Les fossiles humains les plus anciens sont datés entre 11500 et 12500 BP et représentent majoritairement des cas isolés et peu nombreux répartis sur l’ensemble du continent. Leur morphologie, dite « paléoaméricaine » a souvent été comparée à celle des populations australo-mélanésienne marquée par une boîte crânienne longue et étroite et une face projetée en avant (prognathe). Les américains subactuels en revanche présentent en majorité une morphologie similaire à celle de certaines populations asiatiques, caractérisée par une boîte crânienne courte et large et une face plus aplatie. Certaines études ont cependant suggéré la persistance d’une morphologie « paléoaméricaine » en Basse Californie et en Terre de Feu.

Pour beaucoup d'anthropologues, l’hypothèse la plus probable est celle d’un peuplement comprenant au moins deux vagues de migration qui concorderaient à deux populations biologiquement différentes, alors que la plupart des généticiens, se basant sur l’homogénéité génétique et immunologique relevée sur le continent, propose un modèle revendiquant une unique vague de migration puis une diversification locale des populations, générée par la dérive génétique et la sélection naturelle.

Le projet de recherche de Manon Galland, basé en grande partie sur les collections d’anthropologie du Musée de l’Homme et sur les techniques de l’imagerie « virtuelle » (scanner surfacique), s’intéresse d’une part, à la variabilité morphologique crânienne d’un échantillon représentatif de populations amérindiennes, asiatiques et océaniennes fossiles et subactuelles, et d’autre part, tente de retracer les premières migrations sur le continent américain à partir d’un jeu de données morphométriques et des données génétiques.

L’échantillon final sera composé de 900 crânes, essentiellement issus des collections du Musée de l’Homme, mais aussi d’autres institutions qui ont accepté de collaborer au projet. L’American Museum of Natural History a notamment fourni le rendu surfacique du crâne de l’Homme de Kennewick . Les méthodes de génétique de population seront ensuite intégrées afin d’établir, de façon plus détaillée les flux génétiques, d'éventuels goulots d’étranglement ou des phénomènes d’adaptation.

Les premiers résultats permettent de séparer très significativement le fossile de l’homme de Kennewick des populations modernes et confirme la différence entre Kennewick et tous les amérindiens. Par ailleurs, une forte hétérogénéité est mise en évidence au sein des populations amérindiennes issues de régions isolées. De plus, les populations amérindiennes continentales présentent des affinités avec les populations asiatiques, contrairement aux populations amérindiennes isolées.

Cette étude préliminaire est ainsi congruente avec le modèle à plusieurs migrations mais les données utilisées, uniquement morphologiques ne permettent pas toutefois de rejeter l’hypothèse d’une unique vague. Ces premiers résultats soulèvent également plusieurs interrogations, notamment sur la possibilité d’une origine sibérienne pour les amérindiens, sur les traits dits « ancestraux » avec une plus grande importance des différences faciales et surtout sur l’influence des isolats géographiques.

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