Délires racistes et savants fous
Par admin le Jeudi, 5 avril 2007, 16:45 - Recherche - Lien permanent
Pendant tout le XIXe siècle, la science fut à l’honneur et, plus que la science, la mesure. On pensa que tout pouvait être traduit en chiffres, spécialement l’Homme. Ainsi on pourrait calculer avec précision, « quantifier » ses qualités et ses défauts, ses bons et ses mauvais côtés. Cet esprit, qu’on appela positivisme, naturalisme ou scientisme selon les disciplines, toucha à peu près tous les secteurs, même la littérature. (...)

Goniomètre facial et latéral de Broca, fin XIXe siècle, utilisé sur le vivant et sur le squelette, il servait à mesurer divers angles de la face.
Si cette théorie – cette mode, plutôt - produisit souvent des chefs-d’oeuvre littéraires, elle fut beaucoup plus dommageable dans les sciences humaines elles-mêmes, que les artistes prétendaient vouloir imiter. Les premiers balbutiements de l’anthropologie, ou science de l’Homme, se résumèrent en effet trop souvent en études fort peu rigoureuses. On mesura certes quelques caractéristiques mais on généralisa beaucoup trop. On tenta souvent, bien loin de toute objectivité, de mettre en évidence par des chiffres des différences humaines et d’en tirer une prétendue infériorité ou une prétendue supériorité.
Un des plus fameux exemples de cet état d’esprit fut l’étude des crânes, la science des crânes même, comme on crut pouvoir l’appeler (craniologie). (...) Le principe de base était simple : pour être intelligent, il était nécessaire d’avoir un gros cerveau, il fallait qu’il puisse se loger aisément dans le crâne. Plus le front serait haut, plus il y aurait de chances qu’il existât dans ce crâne cette place si nécessaire à l’intelligence.
On commença donc à mesurer l’angle facial, c’est-à-dire l’angle formé par la conjonction d’une ligne oreille-nez et d’une autre, descendant du front jusqu’à la mâchoire. C’était une façon de voir, calculée sur mesure pour favoriser les Européens. Chez eux, cet angle atteignait 80 degrés, mais seulement 50 degrés chez le singe, dont le front est souvent aplati. Entre les deux, on trouvait ce qu’on appelait le Nègre : 70 degrés. La nature avait bien fait les choses, et l’évolution aussi. La hiérarchie existait et montrait la supériorité des blancs.
On mesura ensuite la capacité crânienne, c’est à dire le volume du cerveau. Là encore, les Européens se montrèrent au début très satisfaits puisque, chez eux, cette capacité semblait en général d’un dixième supérieure à celle des Noirs. Un seul ennui : aux Européennes aussi, il manquait environ un dixième de capacité crânienne pour égaler les Européens. Le crâne des Européennes avait en gros la même capacité que celui des Noirs. Mais en un temps où l’Eglise et même bon nombre de penseurs laïques étaient assez antiféministes, on accepta la leçon. Cela ne faisait que démontrer scientifiquement, de façon chiffrée en centimètres cubes, les maigres capacités intellectuelles des femmes.
Extrait de Guy Bechtel, Délires racistes et savants fous, Plon 2002
Commentaires
La tendance à mesurer les crânes pour établir des critères prétendument scientifiques et réellement racistes et criminels ne s'est pas arrêtée au XIXème siècle. Il ne faut jamais oublier que l'institut d'anatomie humaine de la faculté de médecine de Strasbourg, sous l'occupation nazie, a été utilisé par le Pr August Hirt pour effectuer ce genre de "recherches" sur des juifs assassinés. Le Cercle Menachem Taffel (du nom d'une des victimes) dispose d'une importante documentation et entretient la mémoire de ces crimes.
Tipanda.