buissondeslignees.jpg Lucy dans le buisson des Hominidés

Beaucoup de médias l’ont aussi considérée comme le plus ancien ancêtre; ce n’est pas le cas et ne l’a jamais été. Lorsque nous l’avons découverte, nous connaissions déjà des restes d’Hominidés deux fois plus âgés. A l’époque de Lucy (3 200 000 ans environ), les Préhumains s’étaient déjà largement déployés du Transvaal (Little Foot) au Tchad (Abel) à partir de leur berceau est-africain dans lequel ils sont apparus 5 bons millions d’années avant. Lucy n’est donc pas une femme mais une préhumaine (son sexe est incontestable malgré quelques débats); elle n’est pas la préhumaine la plus ancienne; elle n’est probablement pas notre ancêtre. Mais elle demeure le squelette le moins incomplet de son temps, qui a permis de décrire cet état qui n’est plus celui d’un primate et qui n’est pas encore celui d’un Homme. Et puis Lucy, c’est ce personnage désormais universel que le mythe a ravi à la science. Parce que ce personnage était reconstituable et qu’il a d’ailleurs été mille fois reconstitué (il y a mille Lucy différentes), parce qu’il était petit, jeune (sûrement pas pour l’époque) et féminin, parce qu’il portait un prénom agréable et connu (de beaucoup), parce qu’il était proche de nous par tout cela bien que très éloigné par le temps et par l’espace (il était une fois il y a trois millions d’années dans la savane quelque part en Afrique orientale...), parce que sa renommée en a fait la grand-mère de l’Humanité, Lucy a vite dépassé ses inventeurs pour envahir toutes les imaginations de tous les hommes de toute la Terre ou presque. Elle est devenue héroïne de romans, d’essais, de films, de bandes dessinées, de poèmes, de chansons, elle a donné son nom à un syndrome en médecine du sport, à un complexe en psychiatrie, à une coupe en football, à un effet en sociologie, elle a aussi donné son nom à pleins de petits dont les parents ont été marqués, d’une manière ou d’une autre, par la puissance de son symbole. Que la science poursuive donc bien évidemment avec toute la rigueur qui la caractérise la recherche de la vérité mais que n’en vive pas moins ce très élégant mythe d’origine que nous, ses papas et parrains, ne sommes pas peu fiers d’avoir inconsciemment engendré. Vive Lucy !

Extrait de Lucy par Yves Coppens ,"Les fabuleuses découvertes du xxe siècle", Dossier Archéologia, décembre 2000