Quels enjeux philosophiques pour le Musée de l'Homme au XXIe siècle ?
Par Marie Merlin le Lundi, 31 août 2009, 12:03 - Projet - Lien permanent
Ses recherches portent sur les fictions et les théories généalogiques - l'origine, et la filiation.
Il nous fait part, ici, des enjeux philosophiques dans lesquels s'inscrit selon lui le Musée de l'Homme de demain.

François Noudelmann, sept.2006 [© Christophe Abramowitz / RF]
Le passé et le passif d'une notion
La notion d'Homme s'inscrit dans une histoire philosophique liée à des représentations culturelles et scientifiques, ce qui hypothèque toute prétention à édifier un concept synthétique.Lestée d'un lourd passé théorique, cette notion doit, au XXIe siècle, assumer le moment philosophique qui l'a contestée, voire déconstruite, après
Comment dès lors penser l'Homme sur le deuil de cet humanisme dont les Lumières avaient porté l'idéal occidental ?
L'humain n'est plus un donné universel (essence, nature ou substance), d'autant que l'universalisme a été le vecteur d'un ethnocentrisme négateur des différences.
Et il n'est plus un horizon régulateur, après que les totalitarismes du XXe siècle ont montré combien le projet d'un Homme nouveau légitimait les palingénésies mortifères.
Une mutation philosophique
La philosophie du dernier demi-siècle a, sous divers régimes théoriques, assumé cet échec de l'humanisme en analysant ses présupposés idéologiques. La théorie critique puis les philosophies postmodernes ont entrepris une relecture (par déconstruction, archéologie, déterritorialisation) de la métaphysique occidentale et elles ont durablement jeté le soupçon sur toute définition d'un « propre » de l'Homme.
Cette destitution des certitudes humanistes a provoqué deux réactions contradictoires.- D'une part le relativisme culturel évite toute réflexion sur l'unité de l'humain à laquelle il a substitué la pluralité des mondes et l'altérité infinie. La mise en scène des différences humaines et de la diversité culturelle a favorisé alors une atomisation qui ne permet plus de définir l'humanité que par la ressemblance des individus.
- A l'inverse, le volontarisme moral, qui sous-tend la défense des droits de l'Homme, a réaffirmé un humanisme universel. S'appuyant sur des anthropodicées qui raniment les filiations linéaires il est soutenu par un courant patrimonial soucieux de préservation.
Cependant la réflexion sur
l'humain s'est aussi considérablement renouvelée, sans fuite ni repli devant la
déstabilisation de l'humanisme, parmi les différents champs scientifiques et
philosophiques, conjuguant le souci d'une cohérence d'ensemble et l'analyse des
complexités.
L'humanité s'y découvre dans le feuilleté des constructions et des
représentations.
L'apport considérable des sciences n'en donne pas le dernier mot car la constitution de
nouveaux modèles s'exerce en transdisciplinarité et selon des épistémologies
comparées, les scientifiques accompagnant souvent leurs recherches d'une
réflexion philosophique.
Une profonde mutation théorique s'est produite dans le passage d'une ontologie
des identités à une pragmatique des relations.
L'Homme ne se définit plus en
tant que tel mais par les interactions qui le constituent dans le tissu des
rapports intersubjectifs et dans le réseau structurant des situations humaines et non-humaines.
Un musée constructionniste
Au lieu d'un retour au sujet de
l'âge classique, cette approche pense les subjectivations et les constructions
relatives de l'universel comme autant de possibles évolutifs et transformables.
Elle interroge les frontières perméables avec le vivant non humain, soutenue
par un souci écologique qui dépasse la préoccupation environnementale et
questionne la communauté du vivant.
La distinction métaphysique entre nature et
culture s'en trouve considérablement modifiée.
L'humanité se présente alors
davantage au titre d'une communauté que d'une identité, ce que les
multiplicités mondialisées manifestent par des vivre-ensemble hybrides et transitoires.
Philosophiquement,
l'ontologie de l'être-au-monde laisse ainsi la place à une pensée pratique du
faire en commun.
Il ne se limiterait donc pas à sa fonction patrimoniale et assumerait le caractère situé de ses constructions passées et présentes, au cœur des pratiques théoriques et des imaginaires contemporains.
Il s'appuierait ainsi sur un humanisme à la fois nouveau et ancien : moins celui de la raison conquérante que celui de la « convenance », telle que la dessinait Montaigne : l'ouverture aux communs inédits qui se dessinent dans la disponibilité des relations.
> Bibliographie
-Le Toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano, Gallimard, 2008 (grand prix des Muses 2009).
- Hors de moi, Léo Scheer, 2006
> France Culture, Macadam philo