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Remise du Prix Leroi-Gourhan 2015 à Hermine Xhauflair

Remise de prix

Hermine Xhauflair est la lauréate du prix Leroi-Gouhan 2015 pour son travail sur le végétal dans l'économie des chasseurs-cueilleurs préhistoriques de Palawan : le reflet de l'industrie lithique. Constitution d'un référentiel. Le prix est remis à Hermine Xhauflair par Jean Guilaine, professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut, le 29 Janvier 2015 à 18 h, à l’Institut de Paléontologie Humaine.

L’utilisation du référentiel constitué par Hermine Xhauflair, véritable grille d’analyse pour l’étude des outils en pierre archéologiques, aidera à comprendre plus finement l’usage des plantes durant la Préhistoire en Asie du Sud-Est et apportera des éléments de réponse factuels concernant l’hypothèse de l’existence d’une industrie en bambou.

Contexte de la recherche
Les outils préhistoriques en pierre taillée d’Asie du Sud-Est ont intrigué des générations de préhistoriens. Ils sont issus de techniques de production très simples qui sont restées inchangées durant des millénaires.

Pour tenter d’expliquer ces caractéristiques qui contrastent avec ce que l’on trouve dans le reste du monde, certains chercheurs ont proposé l’hypothèse suivante : si les outils de pierre d’Asie du Sud-Est étaient si simples, c’est en réalité parce qu’ils servaient à en fabriquer d’autres, plus complexes, en bambou. Comme le bambou est une matière périssable, ces instruments végétaux ne se seraient pas conservés et ne seraient pas arrivés jusqu’à nous.

Une discipline permet cependant de trouver des indices indirects des matériaux organiques aujourd’hui disparus : la tracéologie. Il s’agit d’une approche fonctionnelle des artéfacts lithiques qui, eux, jouissent d’une excellente préservation. Elle est fondée sur l’observation des traces d’usures microscopiques qui se développent sur les outils en pierre lors de leur utilisation. Les études fonctionnelles d’outils en pierre d’Asie du Sud-Est ont pu mettre en évidence que ces derniers avaient servi très largement à travailler des matières végétales. Cependant, il était jusqu’alors impossible de savoir si c’était du bambou qui avait été travaillé à l’aide de ces outils, ce qui aurait constitué un argument en faveur de l’hypothèse de l’existence de toute une industrie en bambou durant la Préhistoire, ou bien si ces outils avaient servi à exploiter d’autres plantes.

Le travail d’Hermine Xhauflair
L’objectif de la thèse d’Hermine Xhauflair a été de créer un instrument d’analyse qui permette d’interpréter plus finement ces traces d’usures présentes sur les pièces archéologiques : un référentiel des traces d’utilisation liées au travail des plantes adapté à la végétation particulière de l’Asie du Sud-Est.

Afin de savoir quelles sont les plantes de la forêt tropicale qui ont potentiellement pu être employées durant le passé, elle a mené une enquête ethnoarchéologique chez les Pala’wan, ethnie vivant dans les Hautes Terres de l’île de Palawan aux Philippines. Véritables experts de la forêt, ils tirent une grande partie de leurs ressources des plantes sauvages.

Durant trois mois, l’usage de 95 espèces végétales différentes a été enregistré. Certaines ont un usage alimentaire, d’autres servent à fabriquer des maisons, paniers et armes de chasse, d’autres encore ont un usage médicinal, hygiénique ou cosmétique, enfin, de certaines sont extraits des colorants ou des poisons.

La seconde étape du travail a consisté à réaliser expérimentalement des activités choisies à l’aide d’outils en jaspe rose, répliques d’artéfacts découverts dans le site archéologique de Tabon (Palawan). Hermine Xhauflair a tenté de reproduire au plus proche les gestes effectués par les Pala’wan qui ont accepté de partager une partie de leurs savoirs et de leurs savoir-faire.

Enfin, les outils expérimentaux ont été analysés afin d’observer au microscope, de cartographier et d’enregistrer les traces d’usures liées au travail de chaque plante et à chaque activité.

Les résultats montrent que les traces d’usure dues au travail du bambou diffèrent de celles résultant du travail d’autres plantes par un ensemble de caractéristiques morphologiques. Il est donc possible de reconnaître le travail de cette herbe géante sur la base de l’étude fonctionnelle des outils en pierre. D’autre part, des activités particulières comme la préparation des fibres pour la vannerie produisent des patterns (répartition) de traces très particuliers. Si ces activités ont été réalisées durant le passé, il devrait être possible d’en reconnaître les traces sur les artéfacts lithiques et de connaître l’ancienneté de ces techniques.

Prix Leroi-Gourhan
Créé en 2008 par la Société des Amis du Musée de l'Homme, le prix Leroi-Gourhan a pour objet d'aider dans ses travaux un étudiant du Muséum national d'Histoire naturelle engagé dans une recherche doctorale dont le résultat sera jugé susceptible de contribuer concrètement au contenu scientifique du Nouveau Musée de l'Homme.

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