Les steppes eurasiatiques : un terrain multiethnique depuis plus de 2000 ans

Découverte

09.05.2018

L'étude de génomes anciens révèle une grande diversité génétique chez les populations d'Asie centrale qui fait écho à la grande diversité actuelle.


Les steppes eurasiatiques présentent une grande diversité culturelle qui correspond à une forte diversité génétique identifiée à travers les données génétiques anciennes. Une étude scientifique publiée le 9 mai dans le journal "Nature" sur 137 génomes anciens montre que les entités culturelles ayant peuplé les steppes de la fin de l’Âge de Bronze jusqu’à nos jours seraient des confédérations de peuples hétérogènes sur le plan génétique. De nos jours, des groupes humains divers génétiquement et culturellement continuent de peupler cette région. Les changements et migrations documentés dans l’étude expliquent en partie cette diversité.

Afin de mieux appréhender ces événements, les auteurs de l’étude ont séquencé 137 génomes anciens obtenus à partir de restes humains qu’ils ont étudiés en relation avec des données génétiques appartenant à des personnes vivant de nos jours dans cette région. Les auteurs retracent ainsi les changements de composantes génétiques des habitants des steppes eurasiatiques depuis la fin de l’époque de Bronze à travers l’âge du Fer et le Moyen-Âge jusqu’à nos jours.

L’équipe de chercheurs constate que la culture scythe (VIIIe au IIe siècle AEC), a priori associée à la famille linguistique indo-européenne et qui dominait les steppes eurasiatiques à l’âge du Fer, englobe des groupes humains d’origines variées. En effet, ces groupes partagent tous des ancêtres rattachés aux cultures steppiques Andronovo et Sintashta datant de l’âge du Bronze tardif (IIème millénaire AEC). Ces éleveurs de l’âge du Bronze se seraient mélangés génétiquement avec des fermiers européens pour les Scythes les plus occidentaux, avec des chasseurs-cueilleurs sibériens pour un groupe scythe d’Asie centrale et avec des groupes génétiquement liés à des Iraniens néolithiques proches de la culture BMAC dans la région du Tian Shan.
Cette culture représente ainsi la première attestation d’un horizon culturel multi-ethnique au sein d’un territoire vaste et en périphérie aux grandes civilisations de l’époque.

Entre le Ier siècle avant notre ère et le Ve siècle après JC, la culture scythe fût totalement remplacée par celle d’autres nomades venus de l’Est, à savoir les Xiongnus et leurs successeurs les Huns, parlant a priori des langues turciques. Ces groupes seraient issus en partie des Scythes de l’âge du Fer avec un apport génétique nord-est et est-asiatique respectivement. Au Moyen-Âge, des groupes de nomades dominèrent à tour de rôle la steppe eurasiatique dont la célèbre Horde d’Or gouvernée par le fils ainé de Gengis Khan. Ces groupes médiévaux, issus des nomades des époques précédentes, présentent une plus forte part est-asiatique mais certains individus ont des origines plutôt européennes. Cela suggère à nouveau que ces groupes nomades auraient été des confédérations de groupes d’origines variées.

Étude rédigée par un groupe de chercheurs mené par le Centre for Geogenetics du Muséum d’Histoire Naturelle de Copenhague avec la participation d'Evelyne Heyer et Nina Marchi, chercheuses au Muséum national d'Histoire naturelle.


Référence

137 ancient human genomes from across the Eurasian steppe, Nature, 2018

Peter de Barros Damgaard1, Nina Marchi2, Simon Rasmussen3, Michaël Peyrot4, Gabriel Renaud1, Thorfinn Korneliussen1, Jose Victor Moreno-Mayar1, Mikkel Winther Pedersen1, Amy Goldberg5, Emma Usmanova6, Nurbol Baimukhanov7, Valeriy Loman6, Lotte Hedeager8, Anders Gorm Pedersen3, Kasper Nielsen3,9, Gennady Afanasiev10, K. Akmatov11, Almaz Aldashev12, Ashyk Alpaslan11, Gabit Baimbetov7, Vladimir I. Bazaliiskii13, Arman Beisenov14, Bazartseren Boldbaatar15, Bazartseren Boldgiv16, Choduraa Dorzhu17, Sturla Ellingvag18, Diimaajav Erdenebaatar19, Rana Dajani20,21, Evgeniy Dmitriev6, Valeriy Evdokimov6, Karin M. Frei22, Andrey Gromov23, Alexander Goryachev24, Hakon Hakonarson25, Tatyana Hegay26, Zaruhi Khachatryan27, Ruslan Khashkhanov28, Egor Kitov29, Alina Kolbina30, Tabaldiev Kubatbek11, Alexey Kukushkin6, Igor Kukushkin6, Nina Lau31, Ashot Margaryan1,27, Inga Merkyte32, Ilya V. Mertz33, Viktor K. Mertz33, Enkhbayar Mijiddorj19, Vyacheslav Moiyesev23, Gulmira Mukhtarova34, Bekmukhanbet Nurmukhanbetov34, Zh. Orozbekova35, Irina Panyushkina36, Karol Pieta37, Václav Smrčka38, Irina Shevnina39, Andrey Logvin39, Karl-Göran Sjögren40, Tereza Štolcová37, Kadicha Tashbaeva41, Alexander Tkachev42, Turaly Tulegenov34, Dmitriy Voyakin24, Levon Yepiskoposyan27, Sainbileg Undrakhbold16, Victor Varfolomeev6, Andrzej Weber43, Nikolay Kradin44, Morten E. Allentoft1, Ludovic Orlando1,45, Rasmus Nielsen46, Martin Sikora1, Evelyne Heyer2, Kristian Kristiansen40, and Eske Willerslev1,47,48*