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Modélisation de l’ancêtre commun (virtuel) à tous les membres de notre espèce, Homo sapiens © CNRS/MNHN - A. Mounier
Modélisation de l’ancêtre commun (virtuel) à tous les membres de notre espèce, Homo sapiens © CNRS/MNHN - A. Mounier

À quoi ressemblait notre ancêtre commun ?

Découverte

Grâce à la modélisation 3D, un crâne virtuel nous montre à quoi pouvait ressembler le plus vieil aïeul commun à tous les Homo sapiens.

Sur les traces d’Homo sapiens

Il y a 300 000 ans en Afrique, apparait Homo sapiens. Mais où exactement, et comment ? Deux questions cruciales pour notre histoire à tous. Nous possédons peu de fossiles africains de moins de 500 000 ans, ainsi, faute de témoignages, des séquences de notre parcours en tant qu’espèce nous sont toujours inconnues. Pour résoudre ce casse-tête, Aurélien Mounier, chercheur CNRS au laboratoire Histoire naturelle de l’Homme préhistorique (CNRS/Muséum national d’Histoire naturelle), et Marta Mirazón Lahr, professeure à l’Université de Cambridge (Royaume-Uni), ont décidé de créer de nouvelles pièces à conviction. Comment ? En réalisant des « fossiles virtuels » à partir des données disponibles.

Arbre du modèle 3D créé. © CNRS/MNHN A. Mounier

Modélisation virtuelle, un atout pour la science

263 crânes fossiles et modernes d’hominines – correspondant à 29 populations – ont été mesurés et modélisés en trois dimensions. Par ce travail, les deux chercheurs ont montré qu’il existe une correspondance forte entre les formes crâniennes moyennes de chacune des 29 populations et la position de celles-ci dans un arbre de parenté basé sur des données essentiellement génétiques. Cette bonne correspondance a permis de calculer quelle était la forme crânienne probable du dernier ancêtre commun à tous les Homo sapiens ! Les traits de ce fossile virtuel, dont l’âge théorique serait 300 000 ans, apparaissent relativement modernes : avec sa boîte crânienne arrondie, son front relativement haut, des bourrelets sub-orbitaires peu marqués et une face peu projetée vers l’avant, sa morphologie est proche de certains fossiles datés de seulement 100 000 ans.

Un métissage des populations

Dans une deuxième étape, les chercheurs ont comparé leur fossile virtuel à cinq crânes d’Homo africains réels, contemporains de la version modélisée, à savoir âgés de 130 000 à 350 000 ans. Certains de ces fossiles sont considérés comme faisant partie de nos ancêtres. Après analyse, les résultats semblent indiquer que notre espèce serait le résultat de l’hybridation de populations du Sud et de l’Est de l’Afrique. Par ailleurs, des populations nord-africaines (peut-être représentées par le fossile de Jebel Irhoud) se seraient quant à elles mélangées aux Néandertaliens à la suite de migrations vers l’Europe.

Mais l’étude ne s’arrête pas là ! Elle soutient également une autre hypothèse formulée par d’autres chercheurs. Selon eux, et d’après des analyses génétiques, après une première sortie d’Afrique n’ayant laissé de traces qu’en Océanie, une deuxième sortie aurait cette fois-ci permise à Homo sapiens de peupler l’Europe, l’Asie, et enfin l’Amérique.

Référence

Deciphering African late middle Pleistocene hominin diversity and the origin of our species, Aurélien Mounier & Marta Mirazón Lahr. 

Nature Communications, 10 septembre 2019. https://www.nature.com/articles/s41467-019-11213-w