Par sa création, le Musée de l’Homme concrétiserait la volonté de Paul Rivet de créer un lieu associant une recherche pluridisciplinaire au souci d’éducation populaire. Ce projet vit le jour à l’occasion de l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de 1937, avec le soutien du Front Populaire.


La création du Musée de l’Homme : 1937

Le Musée de l’Homme vit le jour dans un climat marqué par les bouleversements du Front populaire, l’exacerbation des nationalismes et les signes de la montée du fascisme. Inauguré le 20 juin 1938 par Albert Lebrun, président de la République, Jean Zay, ministre de l’Education nationale, Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, et Georges Mandel, ministre des Colonies, le Musée de l’Homme souhaitait lutter contre le racisme, à l’image de son créateur.

« En créant ce titre, j’ai voulu indiquer que tout ce qui concernait l’être humain, sous ses multiples aspects, devait et pouvait trouver place dans les collections. (…) Il fallait rassembler en une vaste synthèse tous les résultats acquis par les spécialistes, les obliger ainsi à confronter leurs conclusions, à les contrôler et à les épauler l’une par l’autre. L’humanité est un tout indivisible, non seulement dans l’espace, mais aussi dans le temps », explique Paul Rivet.

Le Musée de l’Homme reprit l’emplacement et une large part des collections du Musée d’Ethnographie du Trocadéro, et reçu les collections d’anthropologie du Muséum national d’Histoire naturelle. En l’espace de quelques années, le Musée devint un haut lieu de la recherche, et des scientifiques de grande renommée y installèrent leur laboratoire. Parmi eux, Claude Lévi-Strauss, Marcel Griaule, Michel Leiris, Robert Gessain, André Schaeffner, Thérèse Rivière, André Leroi-Gourhan, Germaine Tillion, Jean Rouch…

Le Réseau du Musée de l’Homme : 1940-1942

Le 18 juin 1940, à l’appel du général de Gaulle, des mouvements de résistance émergèrent en France. Le « réseau du Musée de l’Homme » fut l'un des premiers, fondé dès l’été 1940 par Boris Vildé, un jeune linguiste, Anatole Lewitsky, un anthropologue et Yvonne Oddon, la bibliothécaire du musée. Ses activités consistaient principalement à monter des filières d’évasion, acheminer des renseignements militaires capitaux vers Londres, puis produire et diffuser le journal Résistance, dont les cinq numéros circulèrent clandestinement de décembre 1940 à mars 1941.

Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon et Boris Vildé furent arrêtés par la Gestapo respectivement le 10 février et le 26 mars 1941. Le 23 février 1942, Boris Vildé, Anatole Lewitsky et cinq autres membres du réseau furent fusillés au Mont Valérien. Les femmes du groupe virent cependant leur condamnation commuée en une déportation dans les prisons et les camps allemands. Germaine Tillion prit la tête de l'organisation dont les activités se poursuivirent jusqu'au 13 août 1942, date à laquelle elle fut arrêtée à son tour et déportée avec sa mère à Ravensbrück, d'où elle ne sortit qu’à la fin de la guerre, en avril 1945. Figure incontournable de l'ethnologie moderne mais aussi des Droits de l'Homme qu'elle défendait ardemment, Germaine Tillion s’est éteinte le 19 avril 2008 dans sa 101e année. Elle entre au Panthéon le 27 mai 2015.