Le « réseau du Musée de l’Homme » est l’un des premiers organismes clandestins de Résistance, né de manière spontanée dès l’appel du Général de Gaulle et l’annonce de l’armistice par le maréchal Pétain en juin 1940. L’histoire de ce réseau est intrinsèquement liée à l’engagement politique anti-pétainiste de Paul Rivet, fondateur du Musée de l’Homme en 1937, et de son équipe.​


Naissance et organisation du réseau dès juin 1940

Dès juin 1940, un premier groupe d’opposition au régime de Vichy et au nazisme est formé par Yvonne Oddon (bibliothécaire), Boris Vildé et Anatole Lewitsky (ethnologues d’origine russe) dans les locaux du Musée de l’Homme. Ce mouvement se transforme en un « secteur » clandestin dirigé par Boris Vildé et définitivement structuré en octobre 1940. Il compte 100 membres répartis en huit groupes aux activités propres comme l’évasion de prisonniers (grâce à de faux certificats de maladie et le recrutement de passeurs), la propagande (les journaux Résistance et Vérité français sont créés respectivement en septembre et décembre 1940) et le renseignement (collecte d’informations et leur acheminement vers Londres).

À la fin de l’automne 1940, le secteur de Boris Vildé se rapproche d’un secteur géré par Maurice Dutheil de La Rochère (50 membres) et d’un autre géré par Paul Hauet et Germaine Tillion (80 membres). Ces trois secteurs sont implantés sur l’ensemble de la zone occupée, ainsi que dans certaines villes de la zone libre (Bordeaux, Perpignan, Toulouse, Lyon, Vichy).

La précocité de la création du réseau de Résistance du Musée de l’Homme est à l’image de celle des premières arrestations.

La répression du réseau dès 1941

À Paris, le service de renseignements allemand (l’Abwehr) est installé à l’Hôtel Lutétia dans le 6e arrondissement, d’où il traite les informations qui lui sont transmises par des agents infiltrés et des individuels. Parmi eux, Albert Gaveau, mécanicien, agent de liaison et homme de confiance de Boris Vildé, dénonce à l’Abwehr l’existence du réseau de Résistance du Musée de l’Homme. Les premières arrestations ont lieu en février 1941.

À la suite d’une enquête d’une année, 19 personnes sont inculpées de crime d’espionnage au profit d’une puissance ennemie. Le 8 janvier 1942, un procès se tient devant une cour allemande. Le verdict est : 10 peines capitales, 3 peines de prison et 6 non-lieux. Les femmes condamnées à la peine capitale sont finalement déportées vers des camps allemands.

Le 23 février 1942, Jules Andrieu, Georges Ithier, Anatole Lewitsky, Léon Nordmann, René Sénéchal, Boris Vildé et Pierre Walter sont fusillés au Mont Valérien.

Le 13 août 1942, Germaine Tillion est arrêtée à la Gare de Lyon à Paris, avant d’être envoyée aux prisons de la Santé (Paris) et de Fresnes (Val-de-Marne), puis d’être déportée au camp allemand de Ravensbrück.

Dès la fin de la guerre et son retour de Ravensbrück, Germaine Tillion est chargée de régulariser les pensions au titre de combattant volontaire de la Résistance et enregistre le réseau sous le nom de « Réseau du Musée de l’Homme – Hauet – Vildé ».


Le réseau de résistance du Musée de l'Homme : 1941