La recherche est au cœur de l’histoire du Musée de l’Homme et aujourd’hui au cœur de son site entièrement réaménagé, réaffirmant ainsi avec force le concept de musée-laboratoire qui fit sa spécificité dès sa création en 1938. L’aventure humaine est son domaine, depuis l’apparition des humanités plurielles qui nous ont précédés jusqu’à nos jours.


L’histoire commence au XVIIIe siècle dans les laboratoires du Muséum avec les travaux des médecins anatomistes.

Mais la science de l’Homme (l’anthropologie) ne se limite pas à l’étude de son anatomie. La chaire d’anthropologie, créée en 1855 au Muséum, ne parviendra plus, dans son acception première, à embrasser la diversité des champs d’études générée par l’abondance des collections, enrichies par les nombreuses fouilles archéologiques, des dons de voyageurs curieux des autres cultures, des collectes des scientifiques sur le terrain. L’accroissement des collections, au XIXe siècle, s’accompagne d’une première transformation de la structure muséale.

Le corpus très abondant d’objets de tous les continents témoignant de la diversité des hommes et des cultures, illustrant l’étendue de l’empire colonial français, est jugé suffisamment instructif pour qu’on lui consacre un musée. Le Musée d’ethnographie est inauguré en 1882 et installé dans le Palais du Trocadéro, construit pour l’exposition universelle de 1878.

Au gré des découvertes, des débats théoriques, le champ d’investigation s’élargit, les disciplines se spécialisent.

En 1911 est fondé l’IPH (Institut de Paléontologie Humaine) premier centre de recherche consacré à la préhistoire. En 1925, trois scientifiques du Muséum, Paul Rivet, Marcel Mauss et Lucien Lévy-Bruhl, fondent l’Institut d’ethnologie de l’Université de Paris.

L’ethnologie, entendue par Paul Rivet, est une science de synthèse se proposant d’étudier l’Homme dans sa totalité. Devenu en 1928 directeur du Musée d’ethnographie, Rivet y fait souffler un vent de réorganisation, instaurant, avec le jeune muséographe Georges-Henri Rivière, une nouvelle muséologie plus scientifique, prélude à la création d’un nouveau musée, le Musée de l’Homme.

La création du musée-laboratoire en 1938 : le concept novateur de Paul Rivet.

Dès son origine le Musée de l’Homme a été conçu comme un musée-laboratoire associant un musée, un grand laboratoire de recherche, une bibliothèque et un centre d’enseignement universitaire. Ce projet innovant s’accompagne alors du regroupement en un même lieu de l’ensemble des collections consacrées à l’Homme : les collections de la galerie d’anthropologie et de préhistoire du Muséum national d’Histoire naturelle rejoignent les collections d’ethnologie de l’ancien Musée d’ethnographie. Les conditions sont ainsi réunies pour appréhender « l’Homme comme un tout indivisible dans l’espace et dans le temps » selon les propres mots de Paul Rivet.

Le nouveau musée s’installe dans une nouvelle structure : à la faveur de l’exposition universelle de 1937 le Palais du Trocadéro est transformé en Palais de Chaillot. Le Musée de l’Homme est inauguré le 20 juin 1938 par le Président de la République Albert Lebrun et le Ministre de l’Éducation nationale Jean Zay.

Une notoriété internationale

Le Musée de l’Homme devient alors pendant plusieurs décennies un haut lieu de la recherche et de la pratique muséale, un centre de référence animé par les plus grandes figures de l’anthropologie, de la préhistoire ou de l’ethnologie : Claude Lévi-Strauss, Marcel Griaule, Paul-Émile Victor, Jacques Soustelle, André Leroi-Gourhan.

Mais la grande synthèse voulue par Paul Rivet se heurte peu à peu à la différenciation des disciplines. En 1962 est créée la chaire de Préhistoire, en 1972 la recherche est éclatée en trois chaires différentes Préhistoire, Anthropologie physique et Ethnologie, correspondant sur le plan muséographique à une répartition en galeries séparées.

Les disciplines se structurent dans ce cadre et la recherche se poursuit. Le concept de musée-laboratoire ne disparaît pas malgré le transfert des collections ethnologiques vers d’autres institutions muséales à partir de 2002, ni avec la fermeture du Musée de l’Homme en 2009, puisque ses chercheurs œuvrent alors sur le site du Jardin des Plantes.

Le projet de rénovation : une opportunité de développement dans le domaine de la recherche, de la formation et de la diffusion des résultats scientifiques auprès du grand public.

Le principe fondateur de musée-laboratoire associant des missions de conservation des collections et de diffusion à des fonctions d’enseignement et de recherche est réaffirmé et nourri du fruit d’une réflexion collective pluridisciplinaire. Dans un site entièrement rénové, la conception d’une nouvelle muséographie s’accompagne de l’élaboration d’un projet scientifique dans le cadre d’une entité fédératrice, le Centre de Recherche sur l’évolution de l’Homme et des sociétés. Regroupant sur le site 150 chercheurs, cette structure pluridisciplinaire appréhende l’Homme dans sa complexité en tant qu’être à la fois biologique, culturel et social, explore son passé et interroge son avenir.