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Les sépultures sont-elles le fruit de la sédentarisation ou bien d'une forme de croyance ?

maxiola
72 ans
nouméa
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Musée de l'hommme
Aline Thomas, archéoanthropologue au Musée de l’Homme

L’Homme enterre ses morts depuis au moins 100 000 ans, avant que celui-ci ne se sédentarise. La pratique se généralisera ensuite au Néolithique, période où apparaissent les premiers villages. Outre une signification sociale et symbolique, rien n’indique une forme de croyance chez nos ancêtres Homo sapiens.  

 

 

Dans l’histoire du genre Homo, les sépultures arrivent bien avant la sédentarisation des groupes humains.

 

Les premières sépultures attestées datent d’au moins 100 000 ans. Elles ont été découvertes au Proche-Orient. Pas de pierre tombale ou d’épitaphe, bien évidemment pour ces tombes préhistoriques rien ne permet de déceler directement la nature des vestiges humains découverts. Pour les archéologues et anthropologues de terrain, l’enjeu est bien là : reconnaitre le « fait sépulcral », l’intentionnalité du geste et donc distinguer l’inhumation et la protection volontaire d’un défunt, du corps tombé là et enseveli par hasard.

 

L’invention des gestes funéraires revient donc aux populations « moustériennes » du Paléolithique moyen : Homo sapiens et Néandertaliens enterrent leurs morts, au moins en certaines occasions, sur l’ensemble du pourtour nord et est de la Méditerranée.

 

Plus tard, au Paléolithique supérieur (30 000 ans à 12 000 ans avant notre ère), Homo sapiens, encore nomade, aménage des sépultures dans des contextes de plus en plus variés (grotte, abris sous roche, pleine air) et pratique une série de gestes funéraires particuliers : dépôt de mobilier, de parures, d’ocre sur et autour des dépouilles.

 

Ce n’est qu’à partir du Néolithique (10 000 ans avant notre ère), que les Hommes se sédentarisent. Les groupes se densifient, vivent dans des villages en communauté. Cette sédentarisation a un impact sur les pratiques funéraires. D’abord enterrés à l’intérieur ou à proximité des maisons, les morts vont progressivement être séparés du lieu de vie et regroupés entre eux. Ce sont les premières nécropoles. Au fil des siècles et de l’évolution de l’organisation sociale, chaque communauté déploie des moyens de plus en plus importants dans la mise en scène de la mort, de ses morts. Ainsi apparaissent en Europe, dès le Ve millénaire avant notre ère, les premières sépultures monumentales.

 

Le fait sépulcral s’entoure d’une réelle dimension symbolique. Derrière cette pratique, l’Homme préhistorique suit vraisemblablement des rites ; derrières ces gestes résident une pensée… mais elle nous reste inaccessible. La sépulture nous indique que la mort a une signification sociale. Or, faut-il le rappeler, la sépulture n’est pas l’unique aboutissement du traitement funéraire. Les pratiques sont extrêmement diverses dans le monde actuel, comme elles le furent dans le passé.

 

Corps exposés, brûlés… les Hommes ont inventé de multiples manières de traiter les cadavres dans le respect des morts, des rites et des croyances. Nombreuses sont celles qui ne laissent pas de trace…

 

                                                                                                                                                                      Propos recueillis par Rémi Pin  

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