Grande famille du vivant
Tribune

Un éloge de la grande famille du vivant et de la diversité

Nous avons avec les animaux et les plantes une partie de notre ADN en commun, rappelle Évelyne Heyer, professeure d’anthropologie génétique au Muséum, dans le cadre de la biennale "Nous ! Le vivant".

Aussi surprenant que cela puisse paraître, alors que nous sommes maintenant presque 9 milliards d’humains répartis sur l’ensemble de la planète, nous venons tous de petits groupes d’humains africains qui ont ensuite migré et se sont installés sur toute la planète il y a seulement 60 000 ans. 60 000 ans à mettre en regard d’une séparation de notre espèce avec celle qui va devenir le chimpanzé et le bonobo il y a plus de 6 millions d’années. Autrement dit, un clignement d’œil dans la grande fresque de l’évolution humaine. Ainsi, nous venons tous d’Afrique et nous avons tous les mêmes ancêtres issus de ce continent que l’on vive actuellement en Laponie, en Polynésie, en Afrique ou en Amérique.

Il est même possible de faire un exercice encore plus vertigineux : nous avons chacun deux parents, quatre grands-parents, huit arrières grands-parents, et à chaque génération, ce nombre est multiplié par deux. Autrement dit quand vivait Charlemagne il y a 40 générations, nous avions tous 2 puissance 40 soit 1 000 000 000 000 ancêtres potentiels à un moment où la France ne comptait que moins de 10 millions d’habitants et le monde environ 200 millions. Cela signifie une chose simple : nos généalogies partagent énormément d’ancêtres communs : nous sommes tous cousins !

Cette proximité se retrouve dans notre ADN : deux humains ont leur ADN identique à 99,9 %. Mais cette grande cousinade s’étend plus loin, nous sommes cousins des chimpanzés avec un ADN similaire à presque 99 %, et encore plus loin : nous sommes cousins éloignés de la banane avec un ADN semblable à 40 %. C’est une donnée universelle : nous sommes tous apparentés sur la planète, les humains, les animaux, les plantes car nous partageons tous au fond de nos cellules de l’ADN qui provient d’un ancêtre commun de quelques centaines de millions d’années.

La diversité est une chance

Bien que tous de la même famille du vivant, nous sommes aussi tous différents et ce grâce à une extraordinaire propriété du vivant : les mutations. À chaque génération lors de la transmission de l’ADN des parents aux descendants, des erreurs se produisent, des nouveautés apparaissent : les mutations qui font que chaque être vivant est unique, différent. Ces mutations sont source de nouveauté, de diversité. Par la migration, elles diffusent d’une population à l’autre permettant d’enrichir la diversité des populations d’une même espèce. Or cette diversité est le fondement même de l’évolution, elle est indispensable à la survie et l’évolution des espèces, des populations. Symétriquement l’absence de diversité génétique signe l’arrêt de mort d’une espèce, l’amène droit vers l’extinction.

Ainsi le vivant est source d’enseignement : proximité et diversité en sont les fondements, ce sont des propriétés universelles qui nous rappellent que nous, humains, faisons partie de la grande famille du vivant et surtout que la diversité est une chance : fruit du hasard et des migrations elle est le potentiel réservoir d’adaptation pour le futur. Prenons conscience qu’elle nous aidera à répondre aux inéluctables transformations de la planète à venir.

Evelyne Heyer, professeur d'anthropologie génétique au Muséum national d'Histoire naturelle. Initialement publié par Libération.fr le 6 août 2023

Evelyne Heyer a publié l’Odyssée des gènes (Flammarion, 2020) et la Vie secrète des gènes (Flammarion, 2022)

Nous ! Le vivant

Pour aller plus loin, rendez-vous le 23 septembre 2023 pour la nouvelle biennale Nous ! Le vivant, un événement pour explorer toutes les formes du vivant organisé par le Muséum national d'Histoire naturelle avec l’École des Arts Décoratifs, l’École normale supérieure – PSL et le journal Libération.