Recherche scientifique

Que sont devenus les chasseurs-cueilleurs de l'Âge de Glace ?

Ils ont trouvé refuge en Europe occidentale mais se sont éteints dans la péninsule italienne… Une étude publiée dans la revue Nature révèle les secrets de la survie de chasseurs-cueilleurs européens pendant la dernière ère glaciaire.

Une découverte inédite

Une équipe de recherche internationale a étudié, sur une période de 30 000 ans, les migrations des populations de chasseurs-cueilleurs de la dernière ère glaciaire. Cette étude a été menée par des chercheurs de l'Université de Tübingen et du Centre Senckenberg pour l'Évolution Humaine et le Paléoenvironnement, de l'Université de Pékin, du CNRS et de l'Institut Max Planck d'Anthropologie Evolutive de Leipzig en Allemagne, en collaboration avec 125 scientifiques internationaux.

L'analyse décrit pour la première fois les génomes d’individus européens qui ont vécu la phase la plus froide de cette période. 

Il avait déjà été mis en évidence que des populations d’Homo sapiens avaient commencé à se répandre en Eurasie, il y a environ 45 000 ans. Mais ces populations n’avaient pas participé à la diversité génétique des populations présentes en Europe par la suite. 

Cette nouvelle étude apporte un éclairage sur les individus qui vivaient entre 35 000 et 5 000 ans. Des individus qui, contrairement aux premiers, ont contribué à la diversité génétique et sont, au moins en partie, les ancêtres des populations vivant aujourd'hui en Eurasie occidentale. 

En quête d’un refuge climatique

Le sud-ouest de l’Europe 

Le patrimoine génétique des chasseurs-cueilleurs qui ont vécu dans le sud-ouest de l’Europe (la péninsule ibérique actuelle) se retrouve de manière continue pendant au moins 20 000 ans. 

Cela signifie que, pendant la période la plus froide de la dernière glaciation, les populations de chasseurs-cueilleurs sont demeurées dans cette région qui présentaient des conditions climatiques favorables.  

La péninsule italienne

Était-ce le cas de la péninsule italienne ? Cette région était considérée comme un autre refuge pour les populations humaines. Mais les scientifiques n’ont trouvé aucune preuve allant dans ce sens. 

Il s’avère même que ce soit plutôt le contraire : les populations de chasseurs-cueilleurs de culture gravettienne (- 34 000 à -26 000 ans) qui ont vécu en Europe centrale et méridionale ne semblent pas avoir laissé de descendance après le Dernier Maximum Glaciaire. Un nouveau pool génétique s'est installé dans ces zones à la place. 

Un remplacement génétique à grande échelle

Les génomes analysés montrent que les descendants de ces habitants de la péninsule italienne se sont répandus à travers l'Europe il y a environ 14 000 ans. Ils ont ainsi remplacé les populations de culture magdalénienne (- 21 000 à -14 000 ans). 

L'équipe de recherche décrit un remplacement génétique à grande échelle qui pourrait avoir été causé, en partie, par des changements climatiques qui auraient déclenché ces migrations. 

Vers des échanges génétiques

Il n’y a pas eu d'échange génétique entre les peuples d'Europe centrale et orientale, durant des milliers d’années. C’est à partir de 8 000 ans que des interactions se détectent à nouveau. Des chasseurs-cueilleurs d'ascendances et d'apparences différentes ont alors commencé à se mélanger.

Pendant ce temps, l'agriculture et un mode de vie sédentaire se sont répandus de l'Anatolie à l'Europe. L’arrivée des premiers agriculteurs vers l'Europe a pu entraîner la migration des populations de chasseurs-cueilleurs vers la frontière nord-européenne. Mais cela ne marque pas l'arrêt des échanges. Au contraire, ces deux groupes ont commencé à se mélanger à cette période et ont continué à le faire pendant au moins 3 000 ans. 

 

Référence
Posth, C., Yu, H., Ghalichi, A., Rougier, H., Crevecoeur, I., Huang, Y., et al., 2023. Paleogenomics of upper paleolithic to neolithic European hunter-gatherers. Nature.
Avec la participation de : Laurent Crépin (HNHP), Antoine Zazzo (AASPE), Laure Pecqueur (EA), Marie-Anne Julien (HNHP), Sébastien Villotte (EA).