Le Grand dieu de Séfar
Relevé

Le Grand Dieu de Séfar

Le Grand dieu de Séfar, aussi appelé Grand dieu aux orantes, est le plus célèbre des relevés réalisés par les équipes d’Henri Lhote. Il provient de Séfar, un site qui se trouve en plein cœur de la Tassili-n-Ajjer, au Sahara.

En 1956, l’explorateur Henri Lhote se lance à la découverte des trésors cachés de la Tassili-n-Ajjer avec une caravane de 30 chameaux. Il initie ainsi l’une des expéditions les plus marquantes de la deuxième moitié du XXe siècle. Son objectif : étudier et documenter les ressources artistiques et culturelles du plateau tassilien.

Une expédition au Sahara

Encouragé par le préhistorien Henri Breuil et le directeur du Musée de l’Homme Paul Rivet, Henri Lhote s’entoure de peintres, de dessinateurs et d’un photographe. L’équipe est conduite par le guide Djebrine Machar ag Mohamed. À travers le massif montagneux, elle avance lentement mais sûrement.

En effet, la Tassili-n-Ajjer est un plateau difficile d’accès, composé « de petits massifs », « d’étroits couloirs », de « falaises » et de « champs de colonnes ». Mais la richesse des fresques plurimillénaires laisse l’explorateur sans voix et lui donnent l’impression de se trouver devant le « plus grand musée d’art préhistorique au monde » 1.

Au terme d’une étape périlleuse, Lhote et son équipe aboutissent au massif de Séfar, en mars 1957. Cet ensemble de sites est constitué de nombreux abri-sous-roche le plus souvent ornés de peintures

« […] nous nous trouvons devant des figures étranges, si différentes de l’art préhistorique classique que nous nous sentons évoluer dans un monde à part »  — écrira Henri Lhote.

  • 1Henri Lhote, À la découverte des fresques du Tassili, Paris, Arthaud, 2006.

Le mystérieux « Grand Dieu » de Séfar

Parmi ces « figures étranges », il y a celle que Lhote surnomme le « Grand Dieu ». Ce personnage mythique de 3,40 mètres de haut se trouve dans un abri d’environ 20 mètres de long, doté d’un surplomb qui a permis une bonne conservation des peintures.

Entièrement peint en aplat blanc cerné d’un double contour marron et jaune, le « Grand Dieu » est représenté les bras ouverts et doté de protubérances sur la tête et les bras. Autour de lui, des personnages, souvent identifiés comme des femmes en procession, semblent lever les bras vers lui. 
Plus de 200 autres figurations plus ou moins bien visibles de nos jours les accompagnent, dont 85 anthropomorphes et 75 figures animales : antilopes ou gazelles, mouflons ou bouquetins, félins, asiné, oiseau…

Cet ensemble est typique du style des « Têtes rondes classiques », le plus ancien des styles de peintures du Sahara central qui semble s’être surtout exprimé il y a environ 7 000 ans.

Toute la composition de cette paroi intrigue et elle a donné lieu à des interprétations parfois... extravagantes ! Si Henri Lhote a évoqué un « Grand Dieu » après l’avoir surnommé « Abominable homme des sables », d’autres, prenant au premier degré un autre surnom, ont cru y voir de véritables représentations de Martiens… Mais nous ne détenons pas les codes qui permettraient d’expliquer précisément cette image.

Cependant, tous ces surnoms ont fortement contribué à la renommée de l’ensemble. Sans parler du relevé lui-même qui a été reproduit à maintes reprises, alors que des travaux ont démontré qu’il est erroné à certains endroits et très incomplet, puisqu’il ne montre qu’un tiers environ des images réellement présentes sur la paroi.

© MNHN - F. Dubos

La technique controversée du relevé de Lhote

Les procédés de Lhote et son équipe pour reproduire les œuvres d’art préhistorique ont été unanimement critiqués. Leur technique consistait à mouiller la paroi pour rendre les peintures plus visibles. Ils détouraient ensuite les figures au fusain pour faciliter le tracé des calques, les reportaient sur papier Canson à l’échelle 1, puis les coloraient face aux originaux. Cette méthode invasive a eu des effets destructeurs pour les œuvres d’origine.

Article rédigé en avril 2024. Remerciements à Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue, spécialiste des images rupestres au CNRS, pour sa relecture.

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